Ces dernières années, on assiste à travers le monde à une réécriture de l’histoire de l’art visant à mettre en lumière le rôle qu’y ont joué les femmes artistes. Le Japon n’échappe pas à cette tendance. La tenue de l’exposition « Anti-Action : les défis et les réponses des femmes artistes dans le Japon de l’après-guerre » en est une illustration emblématique. Après avoir été présentée à Toyota puis à Tokyo (Musée national d’art moderne de Takebashi jusqu’au 8 février), elle sera visible au Musée préfectoral d’art de Hyôgo, à Kobe, du 25 mars au 6 mai 2026.
Cette exposition trouve sa source directe dans le livre passionnant de l’historienne de l’art Izumi Nakajima, « Anti-Action, Post-War Japanese Art and Women Artists » (2019), qui remet sur le devant de la scène les artistes japonaises de l’après-guerre.
Celles-ci furent marginalisées avec l’apparition, au Japon, de l’action painting américain, où la toile est considérée « non plus comme un espace destiné à reproduire un objet, mais comme une arène où se déroule une action » (Harold Rosenberg, 1952), une « action » étroitement associée aux notions mascuines de force et de bravoure, et dans laquelle le geste physique occupe une place primordiale.
Or, ces femmes étaient très actives dans les années 1950 et 1960, notamment dans la mouvance de l’Art informel né en France, qui entendait créer « un art autre, libéré de toute forme préconçue, de toute référence esthétique antérieure, et qui n’a pour loi que l’aventure même de l’acte créateur » (Michel Tapié, 1952).
Ainsi, plutôt que d’adhérer à une esthétique de l’« action » héroïque, et malgré la diversité de leurs pratiques, les quatorze artistes réunies dans l’exposition ont-elles développé des démarches privilégiant la répétition, la trace, la contingence (le hasard) ou encore l’effacement du geste spectaculaire (voir diagramme).
Sans avoir constitué un programme explicite ni un mot d’ordre revendiqué, le terme « Anti-Action » peut donc être compris comme un mot de ralliement rétrospectif, permettant de réunir des artistes de l’avant-garde féminine de l’après-guerre autour de pratiques qui, chacune à leur manière, se sont tenues à distance du modèle héroïque et masculinisé de l’action.
Cette position est formulée avec clarté par Yayoi Kusama : « Je ne faisais pas de peinture d’action, bien que je vive sur Tenth Street, l’épicentre de ce mouvement, à son apogée. Je n’ai pas surfé sur la vague de leur époque. Au contraire, en me tenant au cœur même de cette scène, j’ai immédiatement fait l’exact opposé : j’ai rejeté l’action painting. C’était comme un filet jeté sur toute la surface. Il n’y avait ni composition, ni centre, ni éclaboussures de peinture. »
Hélas, très peu de ces femmes sont parvenues à s’imposer durablement. À l’exception notable de Yayoi Kusama ou d’autres, telles Fukushima Hideko ou Yamazaki Tsuruko, qui ont trouvé une reconnaissance partielle en Europe, notamment en France, la plupart sont tombées dans l’oubli ou ont vu leur trajectoire artistique freinée, voire interrompue par le mariage ou au profit de la carrière de leur conjoint.
Musée d’art moderne (Tokyo)
Hyogo Prefectural Museum of Art (Kobe)
https://www.artm.pref.hyogo.jp/exhibition/t_2603/index.html

Peinture vinylique sur toile de coton et panneau, 183,0 × 137,5 cm
Musée d’art et d’histoire de la ville d’Ashiya
© Succession Tsuruko Yamazaki, avec l’aimable autorisation de LADS Gallery, Osaka, et de Take Ninagawa, Tokyo

Brass, 47.5×49.5×12.0 cm
Photo by Nakagawa Shu

Huile sur toile, 100,0 × 65,0 cm
Collection particulière

Huile sur toile, 130,0 × 162,0 cm
Musée national d’art moderne de Tokyo

Huile sur toile, 116,5 × 91,0 cm
Musée d’art d’Itabashi

Huile sur toile, 161,9 × 112,3 cm
Collection particulière

Techniques mixtes, 118,5 × 80,3 × 12,0 cm
Musée d’art d’Itabashi
© YAYOI KUSAMA

Huile, papier japonais et verre sur toile, 181,5 × 245,0 cm
Musée d’art de Takamatsu

Aluminium, 200,0 × 300,0 × 50,0 cm
Minami Tada Associates
Photo : Nakagawa Shū

Peinture vinylique, acrylique sur toile, 331,5 × 245,5 cm
Musée national d’art d’Osaka
© Kanayama Akira et Association Tanaka Atsuko

Peinture vinylique, acrylique sur toile, 331,5 × 245,5 cm
Musée national d’art d’Osaka
© Kanayama Akira et Association Tanaka Atsuko

Balles de ping-pong sur papier (fusuma), 170,0 × 174,6 cm
Musée d’art de Fukuoka

Huile sur toile, 130,5 × 92,0 cm
Musée préfectoral des beaux-arts de Tochigi

Huile sur toile, 130,0 × 89,0 cm
Musée national d’art moderne, Tokyo




