Le Petit Journal

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Artistes français et francophones du Japon : Jean-Thibaut Fouletier, peintre, maître de taï-chi-chuan et psychanalyste (Die, Drôme)

*VOTRE PREMIER CONTACT AVEC L’ART ET CE QUI FAIT QUE VOUS ÊTES DEVENU ARTISTE

D’aussi loin qu’il m’en souvienne, j’ai dessiné. Des visages surtout. Un de mes tableaux, qui a pour titre Le péi dé carante orloges, est la reproduction d’un dessin que j’ai dû faire à 5 ans. Mon père a peint dans sa vie une vingtaine de toiles, ma mère n’a cessé de créer via la couture, les tapisseries, etc. À la maison, si l’art n’était en apparence pas particulièrement mis en avant, il était toujours à disposition pour qui le souhaitait. En ce qui me concerne, la rencontre de l’art, par quelque médium que ce soit, se fait presque toujours par le biais de la musicalité du geste.

*TROIS ŒUVRES

1. Le jardin zen (2000, gouache, 61 x 38 cm)

Mon premier tableau sur le thème du Japon. Je pensais naïvement faire cette toile en quelques heures, qui devinrent quelques semaines ! Je me suis imaginé oiseau pour pouvoir jouir des lignes de silence dessinées par les graviers depuis le ciel, en échappant aux commérages incessants auxquels j’ai eu droit en visitant ce jardin.

2. Takanohana (2002, huile sur toile, 46 x 55 cm)

J’ai découvert le sumo il y a près de 30 ans. Un soir, lors du dernier combat d’un tournoi, deux yokozuna s’affrontent. L’arbitre fait recommencer le combat… Je vois Takanohana, le visage serein face à l’intensité de millions de spectateurs… J’ai eu envie d’exprimer cette présence.

3. Pont au Japon (2025, huile sur toile, 33 x 45 cm)

En octobre 2025, nous avons offert un voyage au Japon de trois semaines à nos enfants. Au retour, j’ai réalisé une série de toiles sur le thème de la ligne d’horizon. Dont celle-là. La ligne est sans doute le thème qui cristallise le mieux ma position de chercheur.

*VOTRE PARCOURS

Mon parcours est le continuum d’une pratique. Je souligne simplement avoir pu faire des expositions qui se sont réalisées au gré des rencontres. Je n’ai jamais fait d’école d’art. Ni d’école de taï-chi ou de psychanalyse, et c’est sans doute ce qui m’a permis de devenir artiste, professeur de taï-chi et psychanalyste. Je suis ce que l’on appelle un autodidacte. Je préférerais d’ailleurs l’expression « chercheur autonome ». Mais je n’ai jamais été isolé, ni durant mon apprentissage ni dans ma pratique. J’expose mes toiles, j’ai remporté des compétitions nationales et internationales de taï-chi-chuan et je suis responsable d’un groupe de psychanalystes à Paris.

Ces trois pratiques se nourrissent les unes les autres pour moi en un point très précis : l’ouverture. Il s’agit de travailler — toujours et encore — à les maintenir chacune ouverte. Il n’y a pas de savoir qui se referme sur lui-même et ici l’ouverture est le point de ralliement. Cela convoque la créativité.

C’est le rendu de ce travail que j’appelle le style.

*VOUS ET LE JAPON

J’ai vécu pendant trois ans à Paris avec une Japonaise. Elle a partagé avec moi son regard sur le Japon et se comportait elle-même au quotidien comme une ambassadrice de la culture japonaise. Je suis toujours très interpellé par l’art de vivre japonais et par l’intrication qui me semble exister entre l’art et le quotidien. C’est sans doute ce biais qui vient toucher mes pratiques artistiques, l’art du et au quotidien.

Je suis allé une petite dizaine de fois au Japon dans des circonstances très variées, permettant les historiettes du voyageur. Par exemple, lors du formidable festival ART/X/TOYAMA, un après-midi, avec quelques artistes, nous avions décidé de faire le mur quelques heures et de nous échapper du programme prévu. Nous sommes allés découvrir le musée de Kanazawa.

Il y a aussi le tableau Plexus qui dit comment, pendant une journée entière à Tokyo lors de mon premier voyage, j’ai ressenti des décharges d’adrénaline dans le plexus, ou bien encore les dessins qui présentent des regards de mon dernier voyage en 2024.

*VOS SOURCES D’INSPIRATION

J’aime beaucoup lire les écrits de peintres autant que découvrir des toiles de ceux que je ne connaissais pas. Il y en a tant ! L’intelligence naturelle est infinie.

Il y a quelques années, au musée d’Orsay, j’ai été saisi par Le Calvaire de Nikolaï Gay. Un choc formidable, coup de tonnerre dans un ciel serein.

Mais j’aime aussi énormément les artistes qui travaillent en passant sous les radars de la contemporanéité comme Mireïo, une femme de 85 ans qui vit dans mon voisinage. Une femme libre dont l’art est consommé — mais pas consommable. « Un saint durant sa vie n’impose pas le respect que lui vaut parfois une auréole. » (J. Lacan)

Bien entendu, encore une fois, il y a les liens avec le taï-chi et les espaces que l’on peut littéralement y découvrir, ou bien la lecture de Lacan : « Si je ne craignais le malentendu, je dirais que pour qui parle japonais, c’est performance usuelle que de dire la vérité par le mensonge, c’est-à-dire sans être un menteur. » (J. Lacan — Avis au lecteur japonais) et de la littérature psychanalytique. Ces liens sont un puits sans fond de surprises qui me saisissent pile à l’endroit du désir de créer.

*VOS TECHNIQUES

L’huile, la gouache, l’encre, le feutre… Mais avant tout le regard et le langage. Tout cela au fil du temps.

*UN RÊVE

Depuis des années, je regarde les tournois de sumo. Il y a là des lignes de mouvements incroyables à repérer et à transcrire sur la toile. Voilà une idée. Mais sinon, j’adorerais réaliser une exposition de mes peintures au Japon et en France… en y alliant en direct les lignes de ma pratique du taï-chi.

*LE RÔLE DE L’ART

D’une pirouette, je pourrais dire que c’est justement de ne pas en avoir, de rôle. Mais pas au sens du détachement, pas du tout.

Ce serait plutôt à entendre ainsi : l’art ne connaît pas la discontinuité, il devrait avoir pour optique d’abolir la mise en scène. Moins « faire face à, ponctuellement », que « permettre une présence perpétuelle ».

Art et Taï Chi Chuan

https://tybolt.fr/une-repetition-avant-le-spectacle-a…

Le jardin zen (2000, gouache, 61x38cm)
Takanohana (2002, huile sur toile, 46x55cm)
Pont au Japon (2025, huile sur toile, 33x45cm)
La mer des rochers mariés (2025, huile sur toile, 81,5 x 62cm)
Takanohana (2002, gouache, 40 x 40 cm)
Rie Suzuki (2002, gouache, 40 x 40cm)
Maternité 1 (2000, gouache, 40 x 40cm)
Maternité 2 (2000, gouache, 40 x 40cm)
Maternité 3 (2000, gouache, 40 x 40cm)
Couple de Hanniwa (2002, techniques mixtes, 27 x 34cm)
Voyage au Japon – quai de gare (2024, feutre et encre, 14,8 x 21 cm)
Voyage au Japon – courtes fenêtres sur cour dans le métro (2024, encre et feutre, 14,8 x 21 cm)
Voyage au Japon – debout dans le métro (2024, encre, 14,8 x 21 cm)
Voyage au Japon – jeune couple à Tokyo (2024, aquarelle, feutre et encre, 14,8 x 21 cm)
Le radeau de Lampedusa (2022, huile sur toile, 200 x 150 cm). Toile présentée au festival ART/X/TOYAMA – JAPON de 2022 avec le commentaire suivant de l’artiste :

« Dans cet ouvrage, je fais évidemment référence au tableau de Théodore Géricault Le Radeau de la Méduse qui relate un événement datant de 1816. Le tableau de Géricault fixe un événement que le monde entier ignorait et qui est depuis entré dans la conscience universelle. Le radeau de Lampedusa, fait référence à cette petite ville d’Italie que les migrants tentent d’atteindre pour fuir leur pays dévasté par les guerres et ainsi sauver leur vie. Mon travail témoigne que deux siècles plus tard, le monde entier est conscient de ce qui se passe en Méditerranée et que ce savoir universel n’est d’aucun secours à ceux qui s’y noient chaque jour. L’absence de radeau raconte l’oubli, un oubli qui s’inscrit dans l’histoire avec des gouttes de sang. »
Plexus (2003, techniques mixtes, 40 x 40 cm)
Le péi dé carante orloges (2022, huile sur toile, 130 x 67 cm)
Autoportrait (1992-2003, huile sur toile, 39 x 52 cm)