Le Petit Journal

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Artistes français et francophones du Japon : Aïko Konomi, lissière à Aubusson

* VOTRE PREMIER CONTACT AVEC L’ART ET CE QUI FAIT QUE VOUS ÊTES DEVENUE ARTISTE

Depuis mon enfance, j’ai toujours aimé dessiner et fabriquer des choses.

Ma rencontre la plus importante a été avec ma grand-mère, artisane du tissage traditionnel japonais Saga-nishiki (1).

Elle m’a appris cette technique et m’a transmis ses motifs, son métier à tisser et ses matériaux.

Au début de ma vingtaine, j’ai découvert que j’aimais tisser.

Le temps passé à travailler devenait peu à peu une seule pièce de tissu, comme une réponse silencieuse à mes questions.

Ce monde du tissage, qui garde le temps à l’intérieur de l’œuvre, m’a offert un vrai sentiment de solidité à une période où, jeune, je cherchais quelque chose de sûr et de concret.

*3 ŒUVRES

1. La famille dans la joyeuse verdure (artistes : Leo Chiachio et Daniel Giannone / Tissage – Atelier A2, Aubusson / 2017 / Collection : Cité internationale de la tapisserie)

Mon premier travail en tant que lissière, réalisé avec une collègue sur deux ans. Grâce à ce projet, mon ancien atelier a pu me garder à Aubusson, et j’ai ainsi trouvé ma place dans le monde de la tapisserie. C’est de loin mon œuvre préférée, celle à laquelle je tiens le plus – mon « best ever ».

2. Le Château ambulant au coucher du soleil (Projet et collection de la Cité internationale de la tapisserie / 2023)

Cette tapisserie de 5 × 5 m, représentant un coucher de soleil, était très exigeante : les transitions subtiles des couleurs étaient particulièrement difficiles à réaliser et la pression était énorme, car il s’agissait d’un projet majeur où l’échec n’était pas permis. J’avais décidé qu’une fois ce projet accompli, je tournerais la page de ma vie de salariée pour devenir indépendante.

3. Bonejoule, Salure et Enchante ! (Bonjour, Salut et Enchanté !)

C’est ma première création depuis que j’ai mon propre atelier, quand je trouve un peu de temps entre les commandes.

C’est la rencontre des lapins du plus vieux manga japonais, Chōjū-giga, et du chef-d’œuvre de la tapisserie française, La Dame à la Licorne.

L’œuvre fait 40 × 40 cm et je vais continuer cette série.

Dans cette œuvre, un lapin arrive dans une tapisserie de style médiéval avec son petit téléphone portable bleu, et deux lapins se serrent la main. Le lapin japonais dit « Bonejoule ! » avec son accent japonais. Cette création mélange deux pays, deux cultures, le passé et le présent, l’art classique et contemporain, les matériaux et les techniques, l’artisanat et le concept artistique.

J’y mêle aussi les matériaux du Saga-nishiki, et j’utilise parfois mes erreurs de français pour les titres.

C’est mon histoire, et le chemin entre l’artisanat et l’art que j’ai enfin trouvé pour l’instant — mon expression textile.

*VOTRE PARCOURS

J’avais d’abord souhaité devenir artisane du Saga-nishiki, le tissage traditionnel japonais, mais avec la fin de la demande pour les petits accessoires de kimono, il n’y avait plus de débouchés. Pour approfondir mes connaissances en textile, je suis donc allée à l’université des arts de Kyoto, où j’ai suivi un master en art textile. Dès cette période, j’ai commencé à exposer en solo et en groupe en tant qu’artiste.

Peu à peu, j’ai ressenti une différence entre l’art conceptuel, qui part d’une idée, et mon propre travail, qui naît des matériaux et de la technique. Ce dilemme entre artisanat et art m’a beaucoup questionnée.

Kyoto est une ville de tissage, mais les emplois pour artisans étaient rares à cause de la baisse de la demande pour les kimonos. Lors d’un voyage pour découvrir les villes mentionnées dans l’histoire occidentale du textile étudiée à l’université, je me suis arrêtée à Aubusson. Voir que, dans cette petite ville isolée, la tapisserie vivait encore m’a profondément touchée, et j’ai su que je voulais en faire mon métier.

Actuellement, je participe à l’histoire contemporaine de la tapisserie française, qui s’étend sur six siècles. C’est simplement super !

*VOUS ET LA FRANCE

Pendant ma première visite à Paris, j’ai vu l’atelier des Gobelins et je me suis dit : « Ah, ce métier existe vraiment ! » Voir des lissiers au travail, c’était vraiment intéressant et j’ai voulu faire la même chose.

Pour réaliser ce rêve, j’ai appris le français à l’Institut français du Kansai à Kyoto pendant environ deux ans. À cette époque, j’ai rencontré un ami pratiquant l’aïkido, qui habitait à Aubusson et venait plusieurs fois par an à Kyoto. Il m’a présentée à un atelier de tapisserie à Aubusson et j’ai échangé avec la responsable pendant deux ans.

En 2014, je suis venue en France pour faire un stage privé de six mois dans son atelier (la formation en tapisserie n’accepte pas les étrangers) ; je suis d’abord partie trois mois à Montpellier pour étudier le français. Pendant ce temps-là, la responsable de l’atelier a négocié auprès de la formation pour moi. Grâce à son aide, j’ai pu y participer. Après, j’ai travaillé dans son atelier pendant huit ans et aujourd’hui, je travaille dans mon propre atelier.

Ce qui devait être un court séjour dure depuis onze ans déjà. C’est tellement incroyable ! Je suis sincèrement reconnaissante d’avoir rencontré ces personnes.

Depuis mon enfance, j’ai vécu dans six endroits différents, au Japon et à l’étranger. Sans véritable ville natale, je me sentais un peu étrangère partout. Mais grâce à cette expérience, j’ai pu décider de venir jusqu’ici dans la campagne en France seule. À Aubusson, peut-être que je peux me dire que j’ai trouvé ma place, finalement.

*VOS SOURCES D’INSPIRATION

Mes sources d’inspiration viennent de la vie quotidienne et des moments de solitude ou d’isolement, qui me permettent de mieux me connaître et de réfléchir. Ce n’est pas que j’aime être seule, mais ces moments me donnent de la clarté et de l’inspiration.

Je ressens aussi l’inspiration lorsque, dans une culture différente, je me sens étrangère. Vivre en France m’a fait prendre conscience de mon identité japonaise ; j’ai découvert ce que signifie être japonaise au sein de la vie française.

Enfin, les paysages de la Creuse, avec leurs collines à perte de vue, m’inspirent profondément. Les couleurs du coucher du soleil et les variations saisonnières me fascinent. Au Japon, j’ai vécu dans plusieurs grandes villes ; je n’y prêtais presque aucune attention. En les contemplant aujourd’hui, je me surprends souvent à penser que je vis une vie que je n’aurais jamais imaginée.

*VOS TECHNIQUES

Au Japon, j’ai étudié à l’université d’art différentes techniques de tissage et de teinture, et ces connaissances me sont aujourd’hui d’un grand soutien dans mon travail de tapisserie.

Avoir une familiarité avec d’autres techniques de tissage que la tapisserie, le fait de comprendre et de savoir manipuler les fils me sert concrètement, même si cela ne se voit pas directement dans la technique finale.

Lorsque j’ai rejoint la formation à Aubusson, mon niveau de français était très limité, mais cet ensemble de savoirs m’a vraiment portée.

Je suis également coordinatrice couleur qualifiée, et le fait de pouvoir gérer les couleurs non seulement par intuition mais aussi grâce aux connaissances et au savoir-faire est un atout considérable pour moi lors de la création de tapisseries.

*UN RÊVE

J’aimerais un jour organiser une exposition réunissant les textiles traditionnels japonais et français. L’idée serait de présenter la tapisserie, patrimoine traditionnel français, aux côtés des œuvres de divers artisans de kimono japonais, et de réaliser cette exposition à la fois en France et au Japon.

De plus, j’ai commencé à créer une série de petites œuvres autour de mon histoire personnelle, inspirée de mes expériences entre le Japon et la France. Une fois cette série constituée, il serait intéressant de la présenter dans les deux pays, en reliant traditions et création contemporaine, et en partageant cette rencontre culturelle à travers mes travaux.

*LE RÔLE DE L’ART

L’art nous permet de voir le monde sous un autre angle.

Il suscite des émotions et des souvenirs que les mots ne peuvent exprimer, et parfois, en découvrant la trace d’une personne dans une œuvre, on peut se reconnaître soi-même.

Il enrichit notre vie et apporte une profondeur subtile au quotidien, offrant un sens discret mais tangible à nos expériences de tous les jours.

Site Internet : https://www.atelier-akonomi.com/

(1) Le Saga-nishiki est un art textile traditionnel de la préfecture de Saga, réalisé en tissant du papier washi doré ou laqué comme fil de chaîne avec de la soie colorée comme fil de trame. Ce tissage très fin produit des motifs géométriques brillants et sert surtout pour des obi, des pochettes et des objets décoratifs.

La famille dans la joyeuse verdure
(artistes : Leo Chiacho & Daniel Giannone / Tissage : Atelier A2 / Collection : Cité internationale de la tapisserie)
2017
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 3 x 5 m
©Cité internationale de la tapisserie
Le Château ambulant au coucher du soleil
(Projet de : Cité internationale de la tapisserie / L’imaginaire de Hayao Miyazaki)
2023
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 5 x 5 m

D’après une image tirée du film Le Château ambulant
© 2004 Diana Wynne Jones/Hayao Miyazaki/Studio Ghibli NDDMT Tissage – Atelier A2 et Atelier Les Just’lissières,
Aubusson 2023
© 2023 Collection de la Cité internationale de la tapisserie © Photo par Studio Nicolas Roger
Bleue
(artistes : Marie Sirgue / Tissage : Atelier A2 / Collection : Cité internationale de la tapisserie)
2019
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 3 x 5 m
©Cité internationale de la tapisserie
Rubedo
(artistes : Capucine Bonneterre / Tissage : Atelier A2 / Collection : Cité internationale
de la tapisserie)
2018
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 5 x 2 m
©Cité internationale de la tapisserie
Bonejoule, Salure et Enchante ! (Bonjour, Salut et
Enchanté !)
2024
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 40 x 40 cm
© Atelier A.KONOMI
à gauche : Santé ! 0125
2025
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 20 x 20

à droite : Kanpaï ! ! 0125
2025
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 20 x 20 cm
© Atelier A.KONOMI
3, 2, 1, Fromage ! (Ouistiti !)
2025
Tapisserie d’Aubusson
DIMENSIONS : 40 x 40 cm
© Atelier A.KONOMI
Métier à tisser
Tissage en cours
Aïko Konomi au travail dans son atelier