Le Petit Journal

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« Prism of the real, Making Art un Japan 1989-2010 » au Centre national des Arts (Nogizaka, Tokyo), jusqu’au 8 décembre 2025

Il est souvent difficile d’apprécier l’art contemporain, faute de recul. C’est ce qui rend particulièrement captivante l’exposition du National Art Center de Tokyo, qui retrace la production artistique au Japon par des artistes japonais et étrangers entre 1989 et 2010.

En collaboration avec le M+ (musée d’art contemporain de Hong Kong), le NAC explore les pratiques d’une cinquantaine d’artistes de tous les continents ayant travaillé en lien avec le Japon durant cette double décennie. Cette période, marquée par la fin de la bulle économique et le début d’une crise encore palpable aujourd’hui, fut aussi, sur le plan artistique, celle d’une plus grande ouverture internationale et d’échanges accrus.

La première partie, dédiée aux fantômes du passé, fait redécouvrir des œuvres d’artistes japonais engagés dans des combats environnementaux, sociétaux ou politiques. On y retrouve les installations saisissantes de Kenji Yanobe sur les dangers du nucléaire (Atom Suit Project), les fillettes déshumanisées de Nara Yoshimoto (Agent Orange), ou encore un somptueux kimono traditionnel d’Okinawa où, parmi les chatoyantes guirlandes de fleurs et d’oiseaux, apparaissent d’horribles bombardiers et soldats en parachute, symboles de l’occupation américaine.

Avec ses photographies de maisons japonaises délabrées à Taïwan, Tomoko Yoneda explore les vestiges de l’époque coloniale, tout comme Motoyuki Shitamichi, qui, entre 2006 et 2010, a photographié des torii — symboles forts du shintoïsme — subsistant sur les territoires occupés par le Japon au 20ᵉ siècle : Taïwan, Saipan, Tinian, Sakhaline, Mandchourie et Geomundo (Corée du Sud)…

La deuxième partie s’intéresse aux questions de genre et d’identité. On peut y revoir en vidéo une performance impressionnante de l’artiste coréenne Lee Bul (Sorry for suffering—You think I’m a puppy on a picnic?, en français : Désolée de souffrir — Tu crois que je suis un petit chien sorti pour un pique-nique ?). À l’occasion du Festival nippo-coréen en 1990, elle déambula pendant dix jours dans les rues de Tokyo, engoncée dans une combinaison rougeâtre pourvue de tentacules et de rembourrages l’empêchant d’avancer, symbolisant l’oppression subie par les femmes dans une société patriarcale.

Sur un mur, une série de photographies d’orifices cervicaux numériquement teintés en rose (Pink, par Emiko Kasahara) dénonce la sexualisation infantilisante de la femme au Japon. Loin d’être kawaii (« mignon »), le rose souligne la tension entre érotisme et réalité biologique. Les images proviennent d’examens gynécologiques, et transforment un organe intime en sujet de réflexion sur la visibilité et la perception du corps féminin.

La troisième et dernière partie met en avant des projets collaboratifs centrés sur les liens communautaires : le Chinois Cai Guo-Qiang et ses œuvres pyrotechniques ; le Thaïlandais Navin Rawanchaikul et son manga Hakata Drive-in (1998 et 2003), retraçant la vie d’un chauffeur de taxi rencontré à Fukuoka ; ou encore le collectif Xijingmen (un Chinois, un Japonais et un Coréen) et leur installation hautement parodique Welcome to Xijing – Xijing Olympics (2008).

L’œuvre la plus photogénique — qui fait d’ailleurs l’affiche de l’exposition — est sans doute la série de Tsuyoshi Ozawa, Vegetable Weapons. Chaque portrait montre des femmes du monde entier portant une arme composée de légumes et d’ingrédients nécessaires à la préparation d’un plat national. Après la séance, les participants cuisinent et dégustent ledit plat, comme pour dire : “Faites la cuisine, pas la guerre !”… Comment ne pas être d’accord ?

Affiche de l’exposition
Sorry for suffering, You think I am a puppy on a picnic?, performance de Lee Bul (1990)
Esthetic Pollution par Noboru Tsubaki (1990)
Vegetable Weapon : Saury fosh ball hot pot – Tokyo par Tsuyoshi Ozawa
Portrait (Futago) par Yasumasa Morimura (1989)
Atom Suit Project: Nursery School 1, Chernobyl par Kenji Yanobe (1997)
You-I, You-I par Yuken Teruya (2002)
You-I, You-I par Yuken Teruya (2002) (détail)
Pink par Emiko Kasahara (1996)
Hakata Drive-in par Navin Rawanchaikul (1998)
Her 19th Foot par Yutaka Sone